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dimanche 8 décembre 2019

René Char Singulier


SINGULIER





Passé ces trois mots elle ne dit plus rien
Elle mange à sa faim et plus 
Haute est l’estime de ses draps 

Nomade elle s’endort allongée sur ma bouche 
Volume d’éther comme une passion 
Délire à midi à minuit elle est fécondée dans le coma de l’amour arbitraire 
La pièce de prédilection de l'oxygène.

René Char, Aphorismes choisis

Conduire le réel jusqu’à l’action comme une fleur glissée à la bouche acide des petits enfants. Connaissance ineffable du diamant désespéré (la vie).
 
*

L’effort du poète vise à transformer vieux ennemis en loyaux adversaires, tout lendemain fertile et en fonction de la réussite de ce projet, surtout là où se lance, s’enlace, décline, est décimée toute la gamme des voiles où le vent des continents rançon cœur au vent des abîmes.

*

Le temps vu à travers l’image est un temps perdu de vue. L’être  et le temps sont bien différents. L’image scintille éternelle, quand elle a dépassé l’être et le temps.

*

Révolution et contre-révolution se masquent pour à nouveau s’affronter.
Franchise de courte durée ! Au combat des aigles se succède le combat de pieuvres. Le génie de l’homme, qui pense avoir découvert les vérités formelles, accomode les vérités qui tuent en vérités qui autorisent à tuer. Parade des grands inspirés à rebours sur le front de l’univers cuirasé et pantelant ! Cependant que les névroses collectives s’accusent dans l’oeil des mythes et des symboles, l’homme psychique met la vie au supplice sans qu’il paraisse lui en couter le moindre remords. La fleur tracée, la fleur hideuse, tourne ses petales noirs dans la chair folle du soleil. Où etes-vous source ? Où etes-vous remède ? Economie vas-tu enfin changer ?

René Char, Sommeil fatal

SOMMEIL FATAL

Les animaux à tête de navire cernent le visage de la femme que j'aime.
Les herbes de montagne se fanent sous l'accalmie des paupières.
Ma mémoire réalise sans difficulté ce qu'elle croit être l'acquis de ses rêves les plus désespérés, tandis qu'à portée de ses miroirs continue à couler l'eau introuvable.

Et la pensée de cendres ?