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lundi 9 décembre 2019

De Viau, La Solitude, extrait

Prête moi ton sein pour y boire 
Des odeurs qui m'embaumeront ; 
Ainsi mes sens se pâmeront 
Dans les lacs de tes bras d'ivoire.

Je baignerai mes mains folâtres 
Dans les ondes de tes cheveux 
Et ta beauté prendra les voeux 
De mes oeillades idolâtres.

Baudelaire, Alchimie de la douleur, extrait

Je découvre un cadavre cher, 
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.

De Nerval, Delfica

 La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance
Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,
Sous l'olivier, le myrte, ou les saules tremblants
Cette chanson d'amour qui toujours recommence ? ...
 
Reconnais-tu le temple au péristyle immense,
Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents,
Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,
Où du dragon vaincu dort l'antique semence ? ..

Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours !
Le temps va ramener l'ordre des anciens jours ;
La terre a tressailli d'un souffle prophétique …

Cependant la sibylle au visage latin
Est endormie encor sous l'arc de Constantin
- Et rien n'a dérangé le sévère portique.

Mallarmé, Don du poème, extrait

Je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Inumée

Reverdy, Plupart du temps, Après le bal

APRÈS LE BAL

J'ai peut-être mis au vestiaire plus que mes vêtements. Je m'avance, allégé, avec trop d'assurance et quelqu'un dans la salle a remarqué mes pas. Les rayons sont pleins
de danseuses.

Je tourne, je tourne sans rien voir dans les flots de rayons des lampes électriques et je marche sur tant de pieds et tant d'autres meurtrissent les miens.

Quel bal, quelle fête! J'ai trouvé toutes les femmes belles, tous mes désirs volent vers tous ces yeux. Tant qu'a duré l'orchestre j'ai tourné des talons sur un parquet
ciré, plein d'émotion, et mes bras sont rompus d'avoir supporté tant de proies qu'il a fallu lâcher.

Mais l'orchestre s'est tu, les lampes éteintes ont laissé s'alourdir la fatigue. Au vestiaire, on m'a rendu un chaud manteau contre le gel, mais le reste? Il me manque pourtant
quelque chose. Je suis seul et je ne puis lutter contre ce froid.

Reverdy, Plupart du temps, Lumière

LUMIÈRE

Une petite tache brille entre les paupières qui battent. La chambre est vide et les volets s'ouvrent dans la poussière. 

C'est le jour qui entre ou quelque souvenir qui fait pleurer tes yeux.

Le paysage du mur — l'horizon de derrière — ta mémoire en désordre et le ciel plus près d'eux. Il y a des arbres et des nuages, des têtes qui dépassent et des mains blessées par la lumière. 

Et puis c'est un rideau qui tombe et qui enveloppe toutes ces formes dans la nuit.

Reverdy, Plupart du temps, Hôtels

 HÔTELS

Dans une singulière détresse d'or j'attends, passé minuit, que vienne l'heure propice à toutes les défenses contre les éléments. Je vais passer devant l'ennemi, redoutable plus que la pluie, plus que le froid. Il dort et ma main tremble. Une petite arme me suffira, mais avec ce terrible bruit dans la serrure et de la porte, je vais être assailli d'horribles cauchemars.

Au matin nouveau, départ à pas de chat. C'est un autre soupir et la rue me devient moins hostile; mais quand viendront, enfin, la délivrance et le repos tranquille? Cependant je me souviens d'avoir dormi dans un lit plus doux dressé pour moi.
Il n’en rest plus que les rêves.