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lundi 9 décembre 2019

Rimbaud, L’Éternité, extrait

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

De Viau, La Solitude, extrait

Prête moi ton sein pour y boire 
Des odeurs qui m'embaumeront ; 
Ainsi mes sens se pâmeront 
Dans les lacs de tes bras d'ivoire.

Je baignerai mes mains folâtres 
Dans les ondes de tes cheveux 
Et ta beauté prendra les voeux 
De mes oeillades idolâtres.

Baudelaire, Alchimie de la douleur, extrait

Je découvre un cadavre cher, 
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.

De Nerval, Delfica

 La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance
Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,
Sous l'olivier, le myrte, ou les saules tremblants
Cette chanson d'amour qui toujours recommence ? ...
 
Reconnais-tu le temple au péristyle immense,
Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents,
Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,
Où du dragon vaincu dort l'antique semence ? ..

Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours !
Le temps va ramener l'ordre des anciens jours ;
La terre a tressailli d'un souffle prophétique …

Cependant la sibylle au visage latin
Est endormie encor sous l'arc de Constantin
- Et rien n'a dérangé le sévère portique.

André Breton, Nadja

La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas.

Hume, Essais esthétiques, De la délicatesse du gout et de la passion, extrait

Certains êtres sont sujet à une certaine délicatesse de passion qui les rend extrêmement sensibles à tous les accidents de la vie, et leur donne une joie vive à chaque événement favorable, aussi bien qu’une douleur pénétrante à la rencontre de l’infortune et de l’adversité. Les faveurs et les bons offices engagent facilement leur amitié, tandis que la plus petite atteinte  provoque leur ressentiment. Tout honneur ou marque de distinction les exalte au-delà de toute mesure, mais ils sont touchés de manière aussi sensible par le mépris. Les personnes de ce caractère ont certainement des plaisirs plus vifs, aussi bien que des peines plus mordantes que les hommes de tempérament froid et posé. Mais je crois que, quand toute chose est pesée, il n’est personne qui ne préférerait être de ce dernier caractère, ayant la maîtrise entière de ses propres dispositions. La bonne ou la mauvaise fortune sont très peu en notre pouvoir, et quand une personne ayant cette sensibilité de tempérament est confrontée à un malheur, son chagrin ou son ressentiment prend possession d’elle entièrement et l’empêche de trouver encore du goût aux événements communs de la vie, dont l’appréciation juste forme la plus grande partie de notre bonheur. 

L'Idiot, Dostoïevski


C’est vrai, prince, que vous avez dit une fois : « C’est la beauté qui sauvera le monde » ?

Gorgias, Platon

Calliclès : Mais que veux-tu dire avec ton "se commander soi-même" ?

Socrate : Oh, rien de compliqué, tu sais, la même chose que tout le monde : cela veut dire être raisonnable, se dominer, commander aux plaisirs et aux passions qui résident en soi-même.

Calliclès : Ah ! Tu es vraiment charmant ! Ceux que tu appelles hommes raisonnables, ce sont des abrutis !

Socrate : Qu'est-ce qui te prends ? N'importe qui saurait que je ne parle pas des abrutis !

Calliclès : Mais si, Socrate, c'est d'eux que tu parles, absolument ! Car comment un homme pourrait-il être heureux s'il est esclave de quelqu'un d'autre ? Veux-tu savoir ce que sont le beau et le juste de nature ? hé bien, je vais te le dire franchement ! Voici, si on veut vivre comme il faut, on doit laisser aller ses propres passions, si grandes soient-elles, et ne pas les réprimer. Au contraire, il faut être capable de mettre son courage et son intelligence au service de si grandes passions et de les assouvir avec tout ce qu'elles peuvent désirer. Seulement, tout le monde n'est pas capable, j'imagine, de vivre comme cela. C'est pourquoi la masse des gens blâme les hommes qui vivent ainsi, gênée qu'elle est de devoir dissimuler sa propre incapacité à le faire.


Les Mains libres, L'Aventure

L’Aventure

Prends garde c’est l’instant où se rompent les digues
C’est l’instant échappé aux processions du temps
Où l’on joue une aurore contre une naissance

Bats la campagne
Comme un éclair
Répands tes mains
Sur un visage sans raison
Connais ce qui n’est pas à ton image
Doute de toi
Connais la terre de ton cœur
Que germe le feu qui te brûle

Que fleurisse ton œil
Lumière.

Les Mains libres, Le Tournant

Le Tournant

J’espère
Ce qui est interdit.

Les Mains libres, Le Don

Le Don

Elle est noyau figue pensée
Elle est le plein soleil sous mes paupières closes
Et la chaleur brillante dans mes mains tendues

Elle est la fille noire et son sang fait la roue
Dans la nuit d’un feu mûr. 

Les Mains libres, Burlesque

BURLSEQUE

Fille de glace donne-moi
Confiance en moi.

Les Mains libres, Le temps qu'il faisait le 14 mars

LE TEMPS QU'IL FAISAIT LE 14 MARS

Sur les rivages de verdure
Où l'eau devient de la lumière

dimanche 8 décembre 2019

OUI OU NON, Les Mains libres

OUI OU NON

Dessine le sort
Un trait d’acier sincère
Un trait filant droit
Sur des routes nouvelles

Regarde tes soeurs
Prêtes à recevoir
Les bijours tournoyants de la rébellion
De tes refus
De ta force future

Elles écoutent quand tu te tais
Les grandes orgues de la raison.

Éluard, Capitale de la douleur


IX




Où la vie se contemple tout est submergé
Monté les couronnes d’oubli
Les vertiges au cœur des métamorphoses
D’une écriture d’algues solaires
L’amour et l’amour.

Tes mains font le jour dans l’herbe
Tes yeux font l’amour en plein jour
Les sourires par la taille
Et tes lèvres par les ailes
Tu prends la place des caresses
Tu prends la place des réveils.

Les Champs magnétiques, extrait

Les clairières des forêts maritimes et des ports connussent trop parfumées. Un fossé sablonneux, une route sans ornières abritent les plus grandes pensées.

La chevelure, Baudelaire, extrait

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?

L’an deux mille n’aura pas lieu, Aragon, extrait

Si vous me donnez pour l’autel les vases d’or et le linge fin des analogies
Mieux que vos lys muets je les ornerai de longs cris souples et déchirants


Faust, Goethe , extraits

Vous apportez avec vous les images de jours heureux et maintes ombres chères surgissent ; telle une antique légende à demi oubliée, le premier amour, la première amitié renaît avec vous ; la douleur devient neuve, la plainte renouvelle la course errante au labyrinthe de la vie.

*

Un frisson me saisit, une larme succède aux larmes, le cœur inflexible se sent mollir, attendrir ; ce que je possède, je le vois comme au loin, et ce qui fut aboli devient pour moi réel.

*

Comment faire pour que tout soit fraicheur et nouveauté et, tout ensignifiant quelque chose, plaise ? (…) Ce  miracle, sur des gens si différents, seul peut le produire le poète ; ô mon ami, fais le aujourd’hui !

*

Je me sens le courage de me risquer dans le monde,
De porter les maux, le bonheur de la Terre,
De m’empoigner avec les tempêtes
Et dans les craquements du naufrage de ne point faillir.

*

Dans le flot de la vie, dans le torrent des actes, 
je monte et je descends, 
je souffle ici et là,
naissance et tombé,
océan éternel,
va-et-vient,
vie incandescente.

Elsa au miroir, Aragon

ELSA AU MIROIR

C'était au beau milieu de notre tragédie
Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d'or Je croyais voir
Ses patientes mains calmer un incendie
C'était au beau milieu de notre tragédie

Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d'or et j'aurais dit
C'était au beau milieu de notre tragédie
Qu'elle jouait un air de harpe sans y croire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir

Elle peignait ses cheveux d'or et j'aurais dit
Qu'elle martyrisait à plaisir sa mémoire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir
À ranimer les fleurs sans fin de l'incendie
Sans dire ce qu'une autre à sa place aurait dit

Elle martyrisait à plaisir sa mémoire
C'était au beau milieu de notre tragédie
Le monde ressemblait à ce miroir maudit
Le peigne partageait les feux de cette moire
Et ces feux éclairaient des coins de ma mémoire

C'était un beau milieu de notre tragédie
Comme dans la semaine est assis le jeudi

Et pendant un long jour assise à sa mémoire
Elle voyait au loin mourir dans son miroir

Un à un les acteurs de notre tragédie
Et qui sont les meilleurs de ce monde maudit

Et vous savez leurs noms sans que je les aie dits
Et ce que signifient les flammes des longs soirs

Et ses cheveux dorés quand elle vient s'asseoir
Et peigner sans rien dire un reflet d’incendie.