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lundi 9 décembre 2019

Éluard, source oubliée

Il nous faut peu de mots pour exprimer l’essentiel,
il nous faut tous les mots pour le rendre réel.

Son avidité n’a égal que moi, Éluard, extrait

Mon cœur bat dans tout ton corps  
Dans tes retraites préférées  
Sur l'herbe blanche de la nuit  
Sous les arbres noyés 

Nous passons notre vie  
A renverser les heures  
Nous inventons le temps 
Et d'un seul coup comme toujours 
Des verdures et des oiseaux 
Où sommes-nous 
Soufflent sur tes regards 
Se posent sur tes paupières 
Garde-toi de bouger 
Les guirlandes de tes membres 
Sont pour des fêtes moins subtiles 

Pas un geste apparent  
On nous croit immobiles  
Tant nous sommes secrets

Les Mains libres, L'Aventure

L’Aventure

Prends garde c’est l’instant où se rompent les digues
C’est l’instant échappé aux processions du temps
Où l’on joue une aurore contre une naissance

Bats la campagne
Comme un éclair
Répands tes mains
Sur un visage sans raison
Connais ce qui n’est pas à ton image
Doute de toi
Connais la terre de ton cœur
Que germe le feu qui te brûle

Que fleurisse ton œil
Lumière.

Les Mains libres, Le Tournant

Le Tournant

J’espère
Ce qui est interdit.

Les Mains libres, Le Don

Le Don

Elle est noyau figue pensée
Elle est le plein soleil sous mes paupières closes
Et la chaleur brillante dans mes mains tendues

Elle est la fille noire et son sang fait la roue
Dans la nuit d’un feu mûr. 

Les Mains libres, Burlesque

BURLSEQUE

Fille de glace donne-moi
Confiance en moi.

Les Mains libres, Le temps qu'il faisait le 14 mars

LE TEMPS QU'IL FAISAIT LE 14 MARS

Sur les rivages de verdure
Où l'eau devient de la lumière

dimanche 8 décembre 2019

OUI OU NON, Les Mains libres

OUI OU NON

Dessine le sort
Un trait d’acier sincère
Un trait filant droit
Sur des routes nouvelles

Regarde tes soeurs
Prêtes à recevoir
Les bijours tournoyants de la rébellion
De tes refus
De ta force future

Elles écoutent quand tu te tais
Les grandes orgues de la raison.

Éluard, Capitale de la douleur


IX




Où la vie se contemple tout est submergé
Monté les couronnes d’oubli
Les vertiges au cœur des métamorphoses
D’une écriture d’algues solaires
L’amour et l’amour.

Tes mains font le jour dans l’herbe
Tes yeux font l’amour en plein jour
Les sourires par la taille
Et tes lèvres par les ailes
Tu prends la place des caresses
Tu prends la place des réveils.

La Nuit, Éluard

LA NUIT

Caresse l’horizon de la nuit, cherche le cœur de jais que l’aube recouvre de chair. Il mettrait dans tes yeux des pensées innocentes, des flammes, des ailes et des verdures que le soleil n’inventa pas.
Ce n’est pas la nuit qui te manque, mais sa puissance.

Le grand jour, Paul Éluard

LE GRAND JOUR

Viens, monte. Bientôt, les plumes les plus légères, scaphandrier de l'air, te tiendront par le cou.
La terre ne porte que le nécessaire et tes oiseaux de belle espèce, sourire. Aux lieux de ta tristesse, comme une ombre derrière l'amour, le paysage couvre tout.
Viens vite, cours. Et ton corps va plus vite que tes pensées, mais rien, entends-tu? rien, ne peut te dépasser.

Je te l’ai dit pour les nuages, Éluard

Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l’œil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.


Première du monde, Éluard

PREMIÈRE DU MONDE

Captive de la plaine, agonisante folle,
La lumière sur toi se cache, vois le ciel :
II a fermé les yeux pour s'en prendre à ton rêve,
II a fermé ta robe pour briser tes chaînes.

Devant les roues toutes nouées 
Un éventail rit aux éclats. 
Dans les traîtres filets de l'herbe 
Les routes perdent leur reflet.

Ne peux-tu donc prendre les vagues 
Dont les barques sont les amandes 
Dans ta paume chaude et câline 
Ou dans les boucles de ta tête ?

Ne peux-tu donc prendre les étoiles ? 
Écartelée, tu leur ressembles, 
Dans leur nid de feu tu demeures 
Et ton éclat s'en multiplie.

De l'aube bâillonnée un seul cri veut jaillir,
Un soleil tournoyant ruisselle sous l'écorce. 
Il ira se fixer sur tes paupières closes. 
Ô douce, quand tu dors, la nuit se mêle au jour.

Couvre-feu, Éluard

Que voulez-vous la porte était gardée
Que voulez-vous nous étions enfermés
Que voulez-vous la rue était barrée
Que voulez-vous la ville était matée
Que voulez-vous elle était affamée
Que voulez-vous nous étions désarmés
Que voulez-vous la nuit était tombée
Que voulez-vous nous nous sommes aimés.

Portrait en trois tableaux, Éluard, extrait

III

Et tu te fends comme un fruit mûr, ô savoureuse ! 
Mouvement bien en vue, spectacle humide et lisse
Gouffre franchi très bas en volant lourdement
Je suis partout en toi, partout où bat ton sang

Liberté, Paul Éluard, morceaux choisis

LIBERTÉ

(...)
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

(…)
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom
Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

(…)
Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

(…)
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

(…)
Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître 
Pour te nommer

Liberté.

L'Évidence poétique, Éluard, extrait

C'est ce bien, c'est ce beau asservis aux idées de propriété, de famille, de religion, de patrie, que nous combattons ensemble. Les poètes dignes de ce nom refusent, comme les prolétaires, d'être exploités. La poésie véritable est incluse dans tout ce qui ne se conforme pas à cette morale qui, pour maintenir son ordre, son prestige, ne sait construire que des banques, des casernes, des prisons, des églises, des bordels. La poésie véritable est incluse dans tout ce qui affranchit l'homme de ce bien épouvantable qui a le visage de la mort.